Interview de notre Expert en Actuariat

Expliquez-nous précisément ce que l'on fait dans un service Actuariat?
                                                   
Marc, Consultant Manager Expert en Actuariat chez CGSI Consulting, nous dit tout :                                                                                                       

Ci-après, un compte rendu de l'interview avec Thierry, notre reporter en chef :
                 
M : Contrairement à des services comme la gestion, l’informatique, le marketing, la communication, ou aussi la compta ou le juridique, à propos desquels chacun se fait une idée de ce qu’il s’y passe, l’activité d’un service actuariat reste un peu opaque pour les non-initiés.

T : Pourquoi cette situation ?

M : C’est un peu un paradoxe, car finalement, l’actuariat est une activité cœur de métier de l’assurance. Alors, deux raisons probables. Tout d’abord, dans les services Actuariat, il n’y a pas les meilleurs communicants de l’entreprise. Ensuite, les chiffres, les calculs, ça reste compliqué pour beaucoup.

T : Alors, levons le mystère !

M : Oui, allons-y ! Fondamentalement, ils interviennent dans la conception des produits, surtout pour la tarification, la détermination des taux de frais, et le cas échéant pour l’application d’une réassurance. Cela avec l’objectif d’en assurer la rentabilité sur les années futures. Importants aussi sont les inventaires, et les calculs des provisions correspondantes …

T : Je t’arrête, car « calcul de provisions », voilà une expression qui ne parle pas à l’extérieur des services actuariat…

M : Il faut calculer les montants qui correspondent aux engagements de l’assureur. Pour l’épargne, cela correspond aux valeurs de rachat, pour les rentes en cours de versement c’est le capital constitutif, pour des prestations incapacité ou invalidité en cours de versement c’est le cumul des futurs montants probables à régler. Il faut en plus calculer une série de provisions techniques que la règlementation impose pour couvrir différents risques. Au final, le total correspond au montant des placements dont l’assureur doit disposer.

T : Merci ! Reprenons l’inventaire … des sujets à l’actuariat !

M : Il y a le suivi de l’activité d’assurance, comme les résultats techniques des contrats collectifs par exemple, avec le fameux rapport sinistres à primes, ou aussi l’établissement des lois de comportement des assurés.
Essentiel aussi sont les relations avec les réassureurs, et l’établissement des comptes de réassurance : quelle part des primes est à leur verser, et à quelle part des sinistres ils doivent participer. L’actuariat est, de plus, l’acteur naturel pour les tâches qui nécessitent l’application de formules de calculs. Ça a été beaucoup le cas pour la mise en place de la fiscalité en assurance vie pendant de nombreuses années. C’est aussi le cas pour la gestion des données et la maitrise de leur qualité, notamment pour celles qui participent au pilotage de l’entreprise d’assurance, c’est-à-dire les données constitutives des différents comptes et états en général, et la marge de solvabilité.

T : Finalement, ce sont des sujets très concrets ! C’est plutôt rassurant !

M : Oui ! et des sujets qui se traitent souvent en collaboration avec la compta, l’informatique, le juridique et autres, donc rien de mystérieux ! Toutefois, d’autres fonctions restent davantage à l’intérieur des services actuariat, comme ce qui est des études prospectives, c’est-à-dire en considérant de nombreuses années futures, en matière d’évaluation financière de l’activité et de sa rentabilité. Cela passe par une modélisation des portefeuilles, à laquelle on applique des hypothèses économiques.

T : Et bien, cela fait beaucoup de sujets, et assez variés !

M : Et ce qui apporte aussi de la quantité, c’est tout simplement la réglementation, française et européenne, complétée par les contrôles de l’ACPR. Deux exemples. La fameuse directive Solvabilité 2 impacte notamment les processus d’inventaire et ceux de reporting en général. Et en santé, les CMU et autres contrats responsables et ACS doivent être intégrés.

T : De quels outils disposent les services actuariat ?

M : Bonne question, car ils sont nombreux, et ils font partie intégrante de la vie du service ! Bien sûr, il y a nombre d ’applications développées par la DSI pour les process récurrents, comme l’inventaire dont on a parlé précédemment.
Fondamental aussi est le système décisionnel de l’entreprise, dont l’actuariat est un gros consommateur. Mais les besoins supplémentaires sont permanents, et donc EXCEL est omni présent, souvent complété par l’outil de code VBA pour réaliser de véritables outils de calculs adaptés aux besoins spécifiques, et complété aussi par ACCESS. Quant à la modélisation dont on a parlé, elle se fait le plus souvent via un outil parmi ceux développés par de grands cabinets de conseil. Et pour des études strictement statistiques, il y a encore d’autres outils, bien connus dans leur domaine.

T : Moi aussi je vais faire de la prospective : on dit que l’assurance va vivre une révolution, ou bien la vit déjà, dans le contexte de concepts très actuels tels que le big data et les objets connectés, le digital, l’intelligence artificielle et les nouveaux acteurs mondiaux. Comment ce que tu viens de décrire va être impacté par cela ?

M : En effet, on aurait envie de se projeter dans 5, 10 ou 15 ans, et donc de répondre à la question ! Dans tous les cas, et ce n’est pas nouveau, les choses évoluent avec les technologies, avec les contextes sociétaux et économiques. En même temps, l’assurance est un secteur très réglementé, on vient de l’évoquer, voire de plus en plus réglementé, et ceci afin de protéger à la fois les assureurs et les assurés, ce qui pose un cadre et tempère les évolutions que la technologie notamment pourrait fournir. Dans les services actuariat, un important socle parmi les tâches précédemment décrites va perdurer de nombreuses années. Ensuite, disons que l’actuariat est très occupé aujourd’hui, comme on l’a vu tout l’heure, à calculer des primes et à provisionner pour des prestations, c’est-à-dire occupé par une gestion très technique des choses. Il lui faudra cependant s’adapter à l’évolution en général de l’assurance qui consiste à participer davantage à la gestion des risques des assurés.

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